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Les Romains, grands adeptes du recyclage ?

Les Romains, grands adeptes du recyclage ?
Publié le , mis à jour le

Les Romains, grands adeptes du recyclage ? Ils y auraient été plus ou moins forcés pour préserver leur système monétaire.

Vous ne le savez peut-être pas, mais à la fin de la République romaine, aux Iᵉʳ et IIᵉ siècles avant notre ère, l’accès aux mines d’argent a été très perturbé, entraînant une pénurie de matière première. Pourtant, les pièces de monnaie continuent d’être frappées dans les fonderies, sans que les niveaux de pollution au plomb (qui apparait lors de l’extraction de l’argent et son raffinage) n’augmentent. Au contraire, ceux-ci diminuent même. Comment est-ce possible ? Des chercheurs des départements d’archéologie, d’études classiques et d’histoire ancienne des universités de Liverpool et Warwick (Angleterre) pensent avoir la solution : les Romains auraient utilisé le recyclage.

Les Romains, grands adeptes du recyclage ?

Pendant l’Antiquité, le plomb est un métal abondant et facile à travailler, il sert pour les canalisations, les coques de bateaux et la fabrication des pièces de monnaie en argent. Le denier en argent est l’une des monnaies de base du système monétaire romain. Les archives historiques sont formelles : les ateliers d’émission de monnaie en argent se multiplient dès le Iᵉʳ siècle avant J.-C. alors que Rome n’a plus accès aux mines d’Ibérie et du sud de la France.

Ceci s’explique par la suite par le fait que l’empereur Auguste introduira dans le système monétaire des sesterces en laiton et des aureus en or, mais avant cela, aucune preuve n’indique une diminution de la production du nombre de pièces en argent. Plus intriguant encore, les deniers de cette époque avaient toujours une très forte teneur en argent – le plus souvent au-dessus de 95 % -. Comment alors les Romains ont-ils pu maintenir la finesse de leurs pièces ?

Pour tenter de répondre à cette question, les chercheurs ont analysé la quantité d’un autre élément présent dans la monnaie romaine, l’or. Tout l’argent produit durant l’Antiquité contenait de petites quantités d’or, et ces dernières variaient selon la provenance de l’argent. Les deniers analysés contenaient des niveaux relativement élevés en or, signes d’une provenance de l’Ibérie, mais vers 120 av. J.-C., des pièces avec des teneurs en or très faibles apparaissent. La République aurait-elle découvert une nouvelle mine ? Les émissions de plomb à cette époque n’ont pas augmenté. Autrement dit, point de nouvelle mine. Seule explication : le recyclage.

Ils y auraient été plus ou moins forcés pour préserver leur système monétaire

Face à cette pénurie d’argent, les Romains ont certainement fondu d’anciennes pièces pour en fabriquer de nouvelles. Mais impossible que ce soit la seule explication, le rapport argent/or aurait été similaire à celui des anciennes. Les Romains ont donc aussi très probablement fondu les pièces d’autres sociétés. Comme l’explique le Dr. Jonathan Wood, auteur de l’étude, “pour les Romains, le recyclage des pièces de monnaie aurait été considérablement moins coûteux que l’extraction d’argent neuf – un avantage pour leurs finances, ainsi que pour l’environnement.”

Et il y a une coïncidence très intéressante. En 49 av. J.-C., un nouvel afflux d’argent à forte teneur en or arrive dans la République romaine. Cette même année, Jules César était rentré à Rome chargé de butins, principalement suite à ses victoires contre les Gaulois. Ces nouveaux deniers pourraient donc être issus de pillages en Gaule…

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