ENTRETIEN. Mona Ozouf : « Nous avons besoin d’une éducation à la nuance »

Sa liberté de parole sur le féminisme ou la Révolution française donne un écho particulier à la voix de Mona Ozouf, historienne et philosophe. Elle décrypte ici les leçons à tirer du Covid-19.

L’entretien avec Mona Ozouf a été réalisé lors d’une rencontre à l’École des filles de Huelgoat (Finistère), dans le cadre de L’Été des treize dimanches. L’échange s’est ensuite poursuivi sous forme de correspondance par courriel pour permettre aux nuances de s’exprimer et à chaque mot de trouver sa place. Avec justesse.

Le Covid-19 a changé nos vies ?

Nous avons tous vécu cet épisode avec le sentiment d’entrer dans un monde différent. Notre surprise est née de la rencontre entre deux événements apparemment incomparables : d’une part un virus arrivé d’un État lointain et d’autre part des conséquences qui, elles, sont planétaires. Ceci nous a mis dans un état de sidération absolu qui s’est nourri des images véhiculées par la télévision. Je pense par exemple à ces malades madrilènes agonisant à même le sol des hôpitaux ou encore à ces images de barbarie, mais de barbarie nécessaire ; comme l’intubation des malades.

Nous en sommes sortis grandis ?

Oui, car nous avons fait la découverte d’une commu…

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A Toulouse, l’association « Camion douche » aide les femmes sans-abris

La solidarité ne prend pas de vacances, et c’est tant mieux. Du côté de Toulouse, l’on vient en aide aux personnes invisibilisées en cette période potentiellement caniculaire : les femmes sans-abris. Une initiative salutaire.

« Avec le coronavirus la plupart des femmes sans-abris sont dans un état de stress inimaginable : elles ne comprennent pas ce qui se passe. Elles mènent une vie de galère, confinement ou pas confinement », nous assurait en mars dernier Alexia Choquet, travailleuse sociale pour Femmes SDF, une organisation d’accueil grenobloise. A juste titre. Des mois après les prémices du déconfinement, les femmes sans-abri et sans domicile fixe doivent faire face à une chaleur volontiers caniculaire, une précarité toujours aussi tenace, et une indifférence tout aussi violente.

Force est de constater que le « monde d’après » n’a pas grand chose de révolutionnaire en ce sens. Heureusement, la solidarité, elle, perdure malgré tout. Pour s’en convaincre, il suffit de s’offrir une escale du côté de Toulouse. Au coeur de la ville rose, un camion-douche – et plus précisément, un camping-car aménagé – vient d’être mis en place par l’association du même nom. L’idée derrière ce dispositif ? Offrir fraîcheur, savon et kit d’hygiène à ces femmes qui souffrent sous les yeux de tous. Une ambition des plus nécessaires en cette période estivale.

Le Camion Douche est une assoce reconnue d’intérêt général déterminée à venir en aide non seulement aux femmes sans-abris, mais aussi aux mal-logées, et plus globalement aux personnes « en situation de pauvreté, d’isolement et d’exclusion », peut-on lire sur leur compte Instagram. « La solidarité ne doit pas être victime du Covid-19 », soutenait il y a quelques temps l’ancien ministre du Logement Julien Denormandie – depuis remplacé par Emmanuelle Wargon. Aujourd’hui, ce sont des initiatives indépendantes qui agissent pour renverser cette fatalité…

Ne plus invisibiliser les femmes sans-abris

« L’été, beaucoup de personnes viennent se doucher. Les dimanches, il y a 10/12 personnes qu’on accueille pour la douche, il y a énormément de monde parce qu’il fait chaud, il y a peu de points d’eau… », prévient sur les ondes de France Bleu la co-fondatrice du Camion Douche, Héloïse Brière. Un débordement qui en dit long : c’est comme si le coronavirus n’avait fait qu’exacerber une précarité préexistante, et toutes les situations d’urgence sociale qu’elle induit. Avec la Covid-19, poursuit en ce sens la co-instigatrice, l’association souffre effectivement d’une pénurie de produits d’hygiène et de vêtements propres.

Ne restent plus à distribuer, déplore l’interlocutrice, qu’un « kit individuel avec le savon et le sous-vêtement, c’est à dire une culotte ou un boxer ». Coup dur pour un dispositif qui met pourtant en lumière une intention primordiale : assurer à ces femmes l’intimité que la rue (et toutes les violences qu’elle induit) est venue leur ôter. Rappelons que les femmes sans-abri et sans domicile fixe rencontrent bien des dangers au quotidien. Pour en avoir conscience, encore faudrait-il accorder au sujet la visibilité qu’il mérite.

« Le ‘phénomène’ des femmes à la rue n’est pas très médiatisé, ne serait ce que dans l’imaginaire public », nous détaillait à ce titre Kerill Theurillat, le responsable du projet solidaire « Merci pour l’invit ». Car dans l’esprit de monsieur tout le monde, être SDF, c’est encore être un homme. Ce n’est pas juste, d’autant plus au sujet de femmes qui sont obligées de se cacher pour éviter d’être violentées. Des personnes qui sont en situation précaire, obligées de dormir dans leur voiture ou chez des connaissances (jusqu’à ne plus pouvoir !), qui travaillent, touchent le RSA ou une petite retraite, des femmes qui ont été victimes de violences conjugales… ».

C’est aussi pour cela que des associations comme Le Camion Douche importent autant. Conduit par une « pilote », le camping-car aménagé devrait être présent tous les samedis matins près de La Grave, sur la place Lange.

 

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Une vie sauvée vaut 37 fois le coût du sauvetage par les pompiers

Dans les Bouches-du-Rhône, une opération sanitaire permettrait d’économiser, en moyenne et en valeur de vie humaine, 38.991 euros.

Combien vaut une vie sauvée? Et pourquoi une telle question peut sembler provocatrice? Car si certain·es arguent que la vie n’a pas de prix, d’autres répondent qu’elle a cependant un coût, et notamment celui qui est investi dans les services de secours quand il s’agit de mettre en œuvre d’onéreux moyens pour la sauver.

De là à évaluer la qualité de nos services publics à l’aune de leur fonction économique dans la société, il n’y a qu’un pas qu’il convient d’étudier avant de le franchir. Il se trouve que l’évaluation (et la méthode pour ce faire) de la valeur d’une vie en termes économiques peut grandement varier en fonction de l’objectif que cette évaluation poursuit: obtenir ce chiffre n’a que peu d’intérêt intrinsèquement, car la réponse paraîtrait toujours absurde.

Mais lorsqu’il s’agit d’évaluer financièrement le retour sur l’investissement que l’État et les collectivités confient aux services de secours, l’intérêt est de pouvoir juger sur des données factuelles la pertinence de cet investissement. C’est le projet dans lequel nous nous sommes lancés avec les sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône.

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Dépakine. Le laboratoire français Sanofi mis en examen pour « homicides involontaires »

Le groupe pharmaceutique Sanofi, déjà poursuivi pour « tromperie aggravée » et « blessures involontaires » dans l’enquête sur la commercialisation de l’anti-épiléptique Dépakine, a également été mis en examen pour « homicides involontaires », a-t-il indiqué lundi 3 août.

L’enquête avait été ouverte en 2016 auprès du tribunal judiciaire de Paris, après une procédure à l’initiative de l’Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsivant (Apesac), représentant 4 000 personnes dont la moitié des enfants malades, et qui s’appuyait sur 14 cas de mères ayant reçu de la Dépakine lors de leur grossesse.

La molécule en cause, le valproate de sodium, est commercialisée depuis 1967 sous la marque Dépakine par Sanofi, mais aussi sous des marques génériques, et est prescrite aux personnes souffrant de troubles bipolaires.

Elle présente néanmoins un risque élevé de malformations congénitales sur le fœtus si elle est prise par une femme enceinte.

Déjà mis en examen en février

En février 2020, les juges en charge de l’enquête sur la commercialisation de la Dépakine avaient mis en examen le groupe pharmaceutique français pour « tromperie aggravée » et « blessures inv…

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#EtreTransCest, un hashtag fort pour dénoncer les violences transphobes

Sur Twitter, la parole se libère pour rendre compte d’une transphobie toujours (trop) ordinaire. Cela fait quoi au juste d’être une personne transgenre en 2020 ? Entre préjugés, discriminations et craintes, les témoignages abondent et inquiètent.

Près de 5 000 tweets en quelques heures. Des témoignages qui entremêlent luttes et injonctions, harcèlement et violence médicale, santé mentale et inégalités de la vie professionnelle… Sur Twitter, le hashtag #EtreTransCest brosse un édifiant état des lieux d’une société encore trop peu inclusive, où les discriminations diverses se multiplient sans forcément alerter l’opinion publique. Raison de plus pour explorer ces publications aiguisées.

« Etre trans c’est demander à la personne qui organise une soirée si je peux me maquiller ou si je risque de me manger de la transphobie toute la soirée », « C’est voir tout le monde remettre en question ses ressentis et ses complexes », « C’est avoir peur pour ta vie quand un inconnu t’aborde dans la rue et toujours subir les mêmes moqueries en ligne de la part de personnes malveillantes »… D’une publication à l’autre, les vécus éclairent une violence à la fois verbale, physique, psychologique, et institutionnelle.

Institutionnelle, car elle émane tout autant de cette difficulté systématique « à trouver et accéder à des soins adaptés auprès de médecins à peu près bienveillants », assure une internaute. Sans oublier le parcours du combattant que représente bien souvent la dimension administrative : la reconnaissance de son identité par l’Etat. « Etre trans c’est s’exposer aux discriminations à l’embauche, au logement, aux droits sociaux, à la transphobie administrative, juridique et surtout médicale », synthétise une femme transgenre.

Un triste panoptique.

« Etre trans c’est être invisibilisé partout »

« Les préjugés à l’encontre des personnes transgenre sont nombreux et très ancrés : il s’agirait d’un choix ou d’une dérive, voire d’une maladie, nous serions instables, chercherions avant tout l’attention, les transidentités seraient une nouveauté, les transitions des mutilations, nous chercherions à ‘convertir’ ou à ‘pervertir’ les gens », nous expliquait déjà la militante Lexie en juin dernier. Et ce ne sont pas les observations énoncées sur Twitter qui vont contester ce panorama.

Du côté des réseaux sociaux, ce sont aussi les témoignages de « mégenrage » qui reviennent bien souvent – le fait de ne pas genrer correctement – ou de nier volontairement – le genre d’autrui. « Etre trans c’est voir constamment son genre être remis en question pour les autres, et c’est aussi devoir supporter les questions déplacées liées à ta sexualité et/ou à ton entrejambes alors que ça n’a rien à voir et ça ne concerne que toi et personne d’autre », s’attriste à ce titre une voix. Des réactions malheureusement typiques.

Régulièrement, elles émanent des non-concernés qui « prétendent tout savoir sur nos opérations et débattent de notre existence », déplore à l’unisson un twitto.

Mais des lignes inspirées par ce mot-clé viral en forme de prise de parole massive émanent tout de même des constats moins négatifs. Car parler aide aussi à rendre compte de son parcours personnel, de ce combat que l’on mène pour soi-même et pour s’accepter, envers et contre tout – une évolution ardue quand son environnement ne suit pas. « Parce qu’il faut aussi du positif, #EtreTransCest affronter mille épreuves et être fière de la personne que tu es devenue », décoche ainsi une voix anonyme. Un discours des plus inspirants.

« Etre trans c’est aussi être magnifique. Et ça force à développer des compétences sociales et de survies de ouf. Savoir se battre, savoir se défendre, se protéger, tout voir, tout capter, nous sommes en hypervigilance. On verra qui survit le plus longtemps à une apocalypse zombie », ironise en retour une voix anonyme. Une lutte qui se poursuit encore et toujours face aux réactions les plus haineuses. D’où l’importance d’être un·e allié·e.

« Le rôle des allié·e·s est de s’informer correctement en lisant les ressources à disposition, notamment sur les réseaux sociaux. Il faut prendre conscience de son privilège en tant que personne cisgenre et le mettre à profit pour aider les personnes transgenres. Par exemple : expliquer à ses autres amis·e·s cisgenres qu’il est important de suivre des comptes de personnes trans* militantes pour s’informer », nous détaillait il y a peu le féministe queer Léon Salin Chappuis. A bon entendeur.

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