Ouragans: Floride et Cuba attendent Ian, Fiona fait deux morts et d' »immenses » dégâts au Canada

Montréal (AFP) – Les autorités canadiennes déploraient dimanche d' »immenses » dégâts dans l’est du pays après le passage de l’ouragan Fiona, tandis que la Floride et Cuba se préparaient à l’arrivée prochaine de la tempête Ian.

Fiona, qui a arraché des maisons et provoqué d’importantes coupures de courant, a également fait deux morts au Canada, où toutes les alertes à l’ouragan étaient levées dimanche après-midi.

Quant à Ian, il devrait se transformer en ouragan lundi matin, et devenir un ouragan « majeur » lundi soir ou mardi matin avant d’atteindre l’ouest de Cuba, a d’ores et déjà averti le Centre national des ouragans américain (NHC).

L’organisme qualifie d’ouragans « majeurs » ceux dont les vents atteignent au moins 178 km/h, soit les catégories 3, 4 et 5 de l’échelle dite de « Saffir-Simpson ».

Fiona, désormais une tempête post-tropicale qui s’affaiblit en remontant vers le nord, a meurtri samedi la côte atlantique du Canada. 

Le bilan s’est alourdi, la province de l’Île-Du-Prince-Edouard annonçant dimanche après-midi un décès, tandis que dans la province de Terre-Neuve, les secours ont retrouvé flottant dans l’eau le corps d’une femme de 73 ans, emportée par l’océan samedi pendant la tempête.

Quelque 320.000 personnes restaient privées d’électricité dans cinq provinces, Fiona ayant fait tomber des arbres et arraché des toits.Des centaines d’employés travaillaient à rétablir le courant, tandis que l’armée aidait à dégager les routes.

« Au bout du compte, ce sera la tempête qui aura causé le plus de dégâts que nous ayons jamais vus », a commenté Tim Houston, le Premier ministre de l’une des provinces les plus touchées, la Nouvelle-Ecosse, sur CBC News. »Les dégâts sont immenses ».

L’ouragan avait déjà fait au moins sept morts la semaine passée, dont quatre à Porto Rico, deux en République dominicaine et un en Guadeloupe (France).

– Ian en approche –

Cuba et la Floride (Etats-Unis) se préparent de leur côté à l’arrivée de la tempête tropicale Ian.

Le Centre national des ouragans américain a émis une « alerte ouragan » pour plusieurs régions de Cuba (Isla de Juventud, Pinar Del Rio, et Artemisa).

La plus grande île du territoire britannique des îles Caïmans, Grand Cayman, a également émis une alerte ouragan.Ian devrait la frôler lundi.

Le NHC prévoit qu’Ian devienne au cours des prochaines 24 à 48 heures un ouragan « majeur », c’est-à-dire, selon sa nomenclature, susceptible d’infliger des dégâts « dévastateurs », d’endommager des maisons, de déraciner des arbres et de perturber la distribution d’eau et d’électricité.

Ian devrait remonter, via le Golfe du Mexique, vers la Floride qui a déjà commencé à prendre ses précautions.La Nasa a renoncé au décollage prévu mardi de sa nouvelle méga-fusée pour la Lune, depuis le centre spatial Kennedy situé dans cet Etatdu sud des Etats-Unis.

Le président américain Joe Biden a placé la Floride sous le régime de « l’état d’urgence », qui permet de débloquer des aides fédérales, tandis que le gouverneur républicain Ron DeSantis a appelé sur Twitter les habitants à « prendre des précautions ».

Joe Biden a aussi renoncé à un déplacement qui aurait dû l’emmener mardi en Floride.

Dans diverses localités de l’Etat, les autorités commençaient à distribuer des sacs de sable pour protéger les maisons face au risque d’inondations.

« C’est maintenant qu’il faut se préparer.N’attendez pas qu’il soit trop tard », a tweeté Jane Castor, maire de Tampa, ville située selon le NHC sur la trajectoire de Ian.

– Vagues gigantesques –

Au Canada, la femme de 73 ans retrouvée dimanche après-midi venait de la petite ville de Channel-Port-aux-Basques, dans la province de Terre-Neuve.

Là, plus de 20 maisons ont été arrachées par l’océan en furie et 200 résidents évacués, selon le maire Brian Button.La victime s’était apparemment réfugiée dans sa cave lorsque les flots ont tout envahi.

« Une zone de guerre », a dit le maire pour décrire sa ville. »Il faut nous donner un peu de temps.Nous ne pouvons pas revenir à la normale en un jour », a-t-il expliqué via Facebook Live, alors que sa ville porte les marques du passage de Fiona: amas de débris, barrières métalliques tordues par les gigantesques vagues…

Certains foyers seront privés de courant « pendant plusieurs jours », a averti le directeur de l’opérateur Nova Scotia Power, Peter Gregg.

L’armée canadienne va prêter main-forte dans trois provinces (Île-Du-Prince-Edouard, Nouvelle-Ecosse, Terre-Neuve-et-Labrador), à la demande de ces dernières, selon le ministre fédéral de la Protection civile, Bill Blair.

Nicaragua: Daniel Ortega rejette la main tendue du pape et qualifie l’Eglise de « dictature »

Managua (AFP) – Faisant fi de la main tendue du pape qui a insisté sur la nécessité du « dialogue », le président nicaraguayen Daniel Ortega a qualifié mercredi soir l’Eglise catholique de « dictature parfaite, de tyrannie parfaite ».

Dans un contexte de tension croissante avec l’Eglise après l’arrestation d’un évêque critique du gouvernement et l’expulsion du nonce apostolique, le président nicaraguayen s’est exclamé: « Qui élit les curés?Qui élit les cardinaux?Qui élit le pape?(…) c’est une dictature parfaite, une tyrannie parfaite! ». 

A l’occasion d’un discours pour le 43e anniversaire de la fondation de la police nicaraguayenne, M. Ortega a dressé un réquisitoire contre l’Eglise catholique.

Il est allé de l’inquisition aux violences contre des enfants autochtones au Canada, en passant par « des curés, des évêques » nicaraguayens accusés d’avoir « armé » les manifestants qui réclamaient sa démission en 2018 pour « une tentative de coup d’Etat » à l’instigation de l' »impérialisme » américain.

Le pape François a insisté le 15 septembre sur la nécessité de « ne jamais arrêter le dialogue » avec le Nicaragua, où les tensions montent entre l’Etat et l’Eglise catholique.

« Il y a un dialogue.On a parlé avec le gouvernement.Il y a un dialogue.Ca ne veut pas dire que l’on approuve tout ce que fait le gouvernement.Ou que l’on désapprouve tout », a dit le pape argentin.

En mars, le Nicaragua a expulsé l’ambassadeur du Vatican.Et en août, Mgr Rolando Alvarez, critique du régime, a été arrêté et « assigné à résidence », selon la police qui a invoqué des activités « déstabilisantes et provocatrices » de l’évêque.

« Moi, je dirais à Sa Sainteté le pape, bien respectueusement, aux autorités catholiques – je suis catholique – comme chrétien, je ne me sens pas représenté », a-t-il dit en évoquant « l’histoire terrible » de l’Eglise.

« Nous les entendons parler de démocratie », a-t-il ironisé, en recommandant que tous les ecclésiastiques – des prêtres au pape, en passant par les cardinaux – soient élus par les fidèles.

– « Bulldog » –

M. Ortega s’en est pris aussi au sous-secrétaire d’Etat américain Brian A. Nichols « qui sort continuellement avec des déclarations – qui ressemble à un bulldog – (…) qui aboie contre Cuba, contre le Venezuela, contre le Nicaragua ».

M. Ortega n’a pas réservé ses flèches à la seule Eglise catholique et aux Etats-Unis.

Il a notamment dénoncé le gouvernement chilien, dont le président Gabriel Boric a critiqué récemment les violations des droits de l’homme au Nicaragua.Le gouvernement chilien, a dénoncé M. Ortega, est « monté sur les bases d’une dictature, d’une tyrannie +pinochetiste+ et qui réprime les étudiants ».

L’Eglise catholique n’est pas la seule institution dans le collimateur de M. Ortega.Selon une source diplomatique, le ministre nicaraguayen des Affaires étrangères Denis Moncada a notifié mercredi son expulsion à l’ambassadrice de l’Union européenne à Managua, Bettina Muscheidt.

M. Ortega n’a pas confirmé cette information pendant son discours.

L’UE et les Etats-Unis ont imposé de nombreuses sanctions au Nicaragua et à des personnalités du régime depuis quatre ans, invoquant notamment des violations des droits de l’homme.

L’UE a demandé en outre la libération de plus de 200 opposants emprisonnés.

L’ouragan Ian crée des inondations « catastrophiques » en Floride

Punta Gorda (Etats-Unis) (AFP) – Le puissant ouragan Ian a balayé mercredi la Floride, ses vents violents et ses pluies torrentielles ayant déjà causé des inondations « catastrophiques » et des coupures de courant généralisées.

Légèrement à l’écart du trajet de l’ouragan, près de l’archipel des Keys, les mauvaises conditions ont fait chavirer un bateau transportant des migrants, et les gardes-côtes recherchaient encore 20 personnes, trois ayant été sauvées et quatre autres ayant réussi à nager jusqu’au rivage.

Charriant des vents allant jusqu’à 185 km/h, Ian a touché terre le long de la côte de Cayo Costa, dans le sud-ouest de l’Etat, à 15H05 locale (19H05 GMT), d’après le Centre national des ouragans américain (NHC).

L’ouragan a causé des inondations « catastrophiques », a précisé le centre.

Jusque-là classé en catégorie 3, sur les 5 que comporte l’échelle de Saffir-Simpson, Ian a été rétrogradé en catégorie 1, a annoncé le NHC vers 03H00 GMT.

– Obscurité –

Plus de 2 millions de foyers étaient privés d’électricité mercredi soir en Floride, principalement autour de la trajectoire de l’ouragan, selon le site spécialisé PowerOutage.

Plusieurs comtés situés près de l’endroit où Ian a touché terre étaient presque entièrement sans courant, d’après le site.

La ville de Punta Gorda a ainsi plongé dans l’obscurité.Dans la nuit, seuls quelques bâtiments équipés de générateurs restaient illuminés, les seuls bruits alentour étant le rugissement du vent et la pluie battante.

Quelques heures plus tôt, la ville avait connu un bref répit en se retrouvant dans l’œil de l’ouragan.Mais les bourrasques et la pluie sont revenues avec encore plus de force, renversant panneaux de signalisation et emportant morceaux de toits et branches d’arbres.

A Naples, dans le sud-ouest de la Floride, des images de la chaîne MSNBC montraient des rues complètement inondées et les voitures flottant au gré du courant.

Dans la ville de Fort Myers, les inondations étaient si importantes que certains quartiers ressemblaient à des lacs.

La crue a pu parfois dépasser 3 mètres, a annoncé mercredi soir le gouverneur de l’Etat, Ron DeSantis.

Le phénomène météorologique doit ensuite se déplacer dans les terres au cours de la journée, et émerger au-dessus de l’Atlantique ouest d’ici à jeudi soir, d’après le NHC.

L’ouragan Ian devrait s’affaiblir au fil de son passage dans les terres, mais pourrait tout de même provoquer des dégâts significatifs en atteignant l’est de la Floride, a-t-il précisé.

– « Très dangereuse » –

Le gouverneur Ron DeSantis a affirmé mercredi soir qu’il s’agirait probablement « d’un des cinq plus forts ouragans ayant jamais frappé la Floride ».

« C’est une tempête dont on parlera pendant de nombreuses années », a affirmé le directeur des services météo américains (NWS), Ken Graham, lors d’une conférence de presse.

La directrice de la Fema (l’agence fédérale chargée de la prise en charge des catastrophes naturelles), Deanne Criswell, a affirmé que Ian continuerait d’être une tempête « très dangereuse » pour « les jours à venir ».

– Intensification –

L’ouragan Ian avait auparavant frappé Cuba mardi, tuant deux personnes et plongeant l’île dans le noir.

Avec le réchauffement de la surface des océans, la fréquence des ouragans les plus intenses, avec des vents plus violents et des précipitations plus importantes, augmente, mais pas le nombre total d’ouragans. 

Selon Gary Lackmann, professeur de sciences atmosphériques à l’université d’Etat de Caroline du Nord, aux Etats-Unis, plusieurs études ont démontré un « lien possible » entre le changement climatique, et un phénomène connu sous le nom « d’intensification rapide » – quand une tempête tropicale relativement faible se renforce en ouragan de catégorie 3 ou plus en l’espace de 24 heures, comme ce fut le cas avec Ian.

« Un consensus demeure qu’il y aura à l’avenir moins de tempêtes, mais que les plus importantes seront plus intenses », a déclaré le scientifique à l’AFP.

Kamala Harris en Corée du Sud au lendemain de tirs de missiles du Nord

Séoul (AFP) – La vice-présidente américaine Kamala Harris est arrivée jeudi en Corée du Sud pour visiter la frontière lourdement fortifiée avec le Nord, lors d’un voyage visant à renforcer l’alliance de sécurité avec Séoul. 

La Corée du Nord a procédé à deux tirs de missiles balistiques dans les jours qui ont précédé sa venue, dans le cadre d’une série record de tests d’armes depuis le début de l’année. 

Sa visite de la zone démilitarisée (DMZ)séparant les deux Corées pourrait servir de prétexte à une nouvelle escalade verbale de la part de Pyongyang.Le Nord a qualifié la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, de « pire destructrice de la paix internationale » lors de son déplacement à la frontière en août.

S’exprimant à bord d’un destroyer américain dans une base navale avant son départ du Japon, la vice-présidente américaine a accusé le régime de Kim Jong-un de menacer la stabilité régionale par de nouveaux tirs de missiles, dénonçant leur « programme d’armement illicite ».

Elle s’était rendue au Japon pour assister aux funérailles nationales de l’ancien premier ministre assassiné, Shinzo Abe.A Séoul, elle a rencontré le président sud-coréen Yoon Suk-yeol, qui a pris ses fonctions en mai dernier.

Ils devaient discuter de l’alliance de sécurité de longue date entre les deux alliés, du renforcement de leur partenariat économique et technologique ainsi que d’une série d’autres questions régionales et mondiales, a fait savoir son bureau.

Séoul devait également faire part de ses préoccupations quant à une nouvelle loi signée par le président américain Joe Biden, qui supprime les subventions pour les voitures électriques construites en dehors des Etats-Unis, ce qui affecterait les constructeurs sud-coréens comme Hyundai et Kia.

Mme Harris, première femme vice-présidente des Etats-Unis, rencontrera également ce que la Maison Blanche a appelé des « dirigeantes innovatrices » de Corée du Sud afin d’aborder des questions liées à l’égalité des sexes. 

M. Yoon, qui s’est engagé à abolir le ministère de l’Egalité des sexes, a été critiqué dans son pays pour le manque de femmes dans son gouvernement.

– Test nucléaire ? –

Les questions de sécurité devaient dominer le voyage de Mme Harris, les responsables sud-coréens et américains avertissant depuis des mois que Pyongyang se prépare à effectuer un nouvel essai nucléaire.

Mercredi, le Service national du renseignement (NIS) sud-coréen a estimé que ce test pourrait avoir lieu le mois prochain. 

Selon le NIS, le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un choisira probablement la période comprise entre le prochain congrès du Parti communiste chinois, le 16 octobre, et les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, le 7 novembre.

La Corée du Nord, qui fait l’objet de multiples sanctions de l’ONU pour ses programmes d’armement, cherche généralement à maximiser l’impact géopolitique de ses essais en choisissant le meilleur moment.

Le pays communiste a testé des armes nucléaires à six reprises depuis 2006.Son dernier essai, le plus puissant, réalisé en 2017 – qui, selon Pyongyang, était une bombe à hydrogène – avait une puissance estimée à 250 kilotonnes. 

Sous le président Yoon, Séoul et Washington ont intensifié leurs exercices militaires conjoints, dont ils insistent sur le caractère purement défensif.De son côté, la Corée du Nord les dénonce systématiquement comme une répétition d’invasion.

Les alliés organisent cette semaine un exercice naval conjoint de grande envergure considéré comme une démonstration de force face aux provocations croissantes du Nord.

Cheong Seong-chang, directeur du centre des études nord-coréennes à l’Institut Sejong, a déclaré à l’AFP qu’il s’attendait à ce que M. Yoon et Mme Harris discutent du plan de réponse à un nouvel essai nucléaire de Pyongyang.

Le voyage de Mme Harris représente « une occasion de renforcer les relations de coopération et d’amitié de haut niveau entre la Corée du Sud et les Etats-Unis », a-t-il noté.

Séoul a annoncé jeudi l’organisation d’exercices trilatéraux anti-sous-marins avec Tokyo et Washington, les premières manœuvres de ce type depuis 2017, après que des officiels ont indiqué ce week-end avoir détecté des signes que Pyongyang pourrait préparer un tir d’essai de missile balistique lancé depuis un sous-marin (SLBM).

Cinq ans après, l’initiatrice de #balancetonporc recommencerait « sans hésiter »

Washington (AFP) – Si c’était à refaire, Sandra Muller, l’initiatrice de #balancetonporc, affirme qu’elle recommencerait « sans hésiter ».Cinq ans après ce mouvement, équivalent français du #MeToo, et malgré les procès et le lourd tribut psychologique qu’elle dit avoir payé, la journaliste estime que les choses « progressent » et que cela en valait la peine.

« Ça a complètement ruiné cinq ans de ma vie », dit-elle dans un entretien avec l’AFP.

Mais « quand on a les moyens de faire changer une société pour installer de meilleures règles, de meilleures lois », « sans le calculer, sans l’anticiper », « oui, c’est une satisfaction », ajoute-t-elle.

– « Responsabilité » –

En octobre 2017, Sandra Muller vit déjà à New York.Le 5, sort l’article du New York Times sur les accusations de harcèlement sexuel contre le puissant producteur de cinéma Harvey Weinstein. »Je me suis mise à lire avec frénésie tout ce qu’il y avait sur le sujet, en ne pouvant pas m’empêcher de faire des parallèles avec notre milieu », le journalisme, raconte Sandra Muller, 51 ans.

A force d' »avaler tous les témoignages pendant quasiment une semaine », croît le sentiment qu’elle a une responsabilité: « On est journalistes, on doit désigner », dit-elle avoir pensé à l’époque.

Alors le 13 octobre 2017, soit deux jours avant le fameux tweet de l’actrice Alyssa Milano qui fera exploser le #MeToo à travers le monde, elle écrit quelques mots, appuie sur « tweeter ».

« #balancetonporc!!toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlent (sic) sexuel que tu as connu dans ton boulot.Je vous attends ».

Puis quelques heures plus tard, elle publie un autre tweet, dans lequel elle cite des propos tenus par l’ancien patron d’une chaîne télévisée, Eric Brion, dans un « cadre totalement professionnel »: « Tu as des gros seins.Tu es mon type de femme.Je vais te faire jouir toute la nuit ».

Le mouvement #balancetonporc est lancé.A sa suite, une avalanche de témoignages, des polémiques, des remises en question et des procès. 

Eric Brion a reconnu des « propos déplacés » et s’est excusé; mais affirmant faire l’objet d’un « amalgame entre drague lourde et harcèlement sexuel », et déplorant les conséquences pour sa propre vie personnelle et professionnelle, il l’attaque et obtient gain de cause en première instance: Sandra Muller est condamnée pour diffamation.

En appel toutefois, la justice reconnaît à la journaliste « le bénéfice de la bonne foi », et la Cour de cassation le confirme.

– « Sorcière » –

Pendant ces presque cinq ans, ce fut souvent « violent », affirme Sandra Muller.Accusée d’avoir jeté en pâture le nom d’un homme, elle défend sa parole.

« Je n’ai jamais dit qu’Eric Brion était un violeur », dit-elle.Mais il faut « dégommer » ce qui est considéré comme « le plus bas niveau » de l’agression, à savoir les agressions verbales, pour espérer lutter contre les violences physiques, soutient-elle.

Tout le monde n’est pas de cet avis. »J’ai subi des attaques aussi bien virtuelles que réelles.J’étais l’affreuse sorcière qui avait osé parler », dit la journaliste de la Lettre de l’audiovisuel, en évoquant les trolls sur les réseaux sociaux, le contrecoup sur sa vie privée –des « réactions de rejet », une famille inquiète– comme professionnelle.

« C’est difficile de retrouver la vie d’avant, je commence à peine », ajoute-t-elle.

« J’ai perdu du travail(…).Un jour j’ai demandé à une grande radio (..) si je pouvais faire des piges, on m’a répondu +on ne peut pas faire travailler madame #balancetonporc+ ».

Dernièrement, les piges reviennent, doucement, explique-t-elle.

Et malgré les difficultés, elle juge que le bilan, cinq ans plus tard, en vaut la peine.

#balancetonporc, #MeToo, « ça a quand même fait progresser la société », affirme-t-elle, citant la libération de la parole, les mesures prises dans les entreprises.

Avant, beaucoup des personnes s’adonnant à du harcèlement ou pire « pouvaient avancer en toute impunité, faire ce qu’elles voulaient avec un silence général organisé, des appuis considérables ».Aujourd’hui, « ces personnes-là vont réfléchir à deux fois avant de venir agresser », veut-elle croire.

Certes, la question de la prescription des faits en France reste « centrale » et « il y aura toujours plus de lois à faire, plus de mobilisation, d’éducation » notamment des garçons.

« Mais je pense quand même qu’en cinq ans on a bien évolué quand on compare aux 40 dernières, non? », lance-t-elle.