Comment le Troisième Reich a manipulé la langue allemande pour servir son idéologie

«Nous détruisons chaque jour des mots, des vingtaines de mots, des centaines de mots. Nous taillons le langage jusqu’à l’os. […] À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer.» Dans sa célèbre dystopie 1984, l’écrivain britannique George Orwell met en scène un gouvernement totalitaire qui revisite en profondeur la langue de ses administrés. Le but? Saper les fondements subversifs du langage, afin d’empêcher que la moindre idée hostile au régime puisse être formulée.
Dans son roman paru en 1949, George Orwell a baptisé ce dialecte inventé «novlangue» (Newspeak). Car la langue n’est pas figée: nourrie de néologismes, elle évolue constamment pour exprimer les valeurs de son temps. En façonnant une langue aseptisée et mutante, George Orwell entendait condamner les régimes totalitaires du XXe siècle. À la même époque, justement, le Troisième Reich avait déjà transformé la langue de Goethe en muselière à cerveaux.
Préfixes et idées fixes
On doit au philologue allemand Victor Klemperer, auteur de LTI, la langue du Troisième Reich (ou LTI – Lingua Tertii Imperii: Notizbuch eines Philologen en version originale), une synthèse sur la novlangue nazie, publiée en 1947. Le linguiste sait de quoi il retourne. Passé à deux doigts de la déportation, il documente la radicalisation de la langue allemande dans un journal secret…



