Retour aux basiques : la pénétration vaginale

Retour aux basiques : la p eacute;n eacute;tration vaginale ()
GQMagazine - AA

[Je tiens ce blog depuis bientôt dix ans : les guides pratiques élémentaires sont parus depuis une éternité. Du coup, pour les nouveaux lecteurs et ceux qui commencent à perdre la tête, je réactualise et recompilerai. Aujourd'hui, la pénétration vaginale.]

J'aurais pu limiter ce récap' à un seul conseil : mettez du lubrifiant (et des préservatifs le cas échéant). Tout est tellement mieux avec du lubrifiant ! La politique, le foot, la peinture sur soie, les nouilles au jambon - si ça ne tenait qu'à moi, je flanquerais du lubrifiant jusqu'à l'Académie Française, les Immortels semblent en avoir besoin.

Vous pouvez donc partir du principe que les deux mille premiers points de ce guide concernent le lubrifiant et que je commence cette liste quand vous revenez de votre séance shopping (personnellement je n'ai plus changé de crèmerie depuis une éternité, c'est le Concept S). 

1. La plupart des positions du Kamasutra sont une arnaque

Les Français pratiquent le missionnaire, la levrette, l'amazone et les petites cuillers. Ce qui suffit largement, notamment quand au cirque du soleil, on reste assis dans les gradins. Limiter la variation sexuelle à de la gestuelle, voire à des gesticulations, est incroyablement limitant, et jamais je ne dirai assez de mal de notre focalisation culturelle sur les questions de coulissage à l'envers, à l'endroit ou en toupie. D'ailleurs selon les collègues : "le magazine Women's Health a réalisé une étude afin de déterminer dans quelles positions les femmes arrivent à l'orgasme, le plus souvent. 23% des femmes ont assuré qu'elles prenaient le plus de plaisir avec la position du missionnaire, contre 25% pour la levrette. Enfin, 35% des femmes préfèrent prendre le contrôle et ont opté pour l'amazone (ou cowgirl) ? et 5% pour l'amazone inversée ou (reverse cowgirl)."

2. Calmons-nous sur les changements de position

Un partenaire sexuel qui se préoccupe sincèrement de changer de position sera souvent un mauvais amant ? il aura des choses à prouver, déjà ça commence mal (rien n'impressionne moins qu'un mec qui tente d'impressionner). Nous sommes dans le démonstratif. C'est ennuyeux comme la pluie. Tout changement de position est disruptif. Les transitions sont foireuses. On redescend. On se met à penser à la position plutôt qu'à son plaisir. Au secours.

Le changement de position ne devrait advenir que pour améliorer la position ? pas pour le plaisir de changer (il n'y a pas de plaisir à changer un truc qui marche parfaitement : ne me dites pas qu'en trois minutes vous vous ennuyez déjà, sinon je vais vous traiter de poisson rouge). A mon humble avis, changer plus d'une fois d'acrobaties par séance est absurde - ça casse la concentration. Less is more. Trouver un bon partenaire est compliqué, accorder ses plaisirs est compliqué : choisissons des positions commodes et quand nous les avons trouvées... profitons-en. Pour de prochaines aventures, il y aura des prochaines fois. Patience. (Et si vous n'êtes pas d'accord, ça se passe par ici.)

3) De profundis

Quand on est une femme, seule la levrette empêche de contrôler la profondeur : une des multiples raisons pour lesquelles la levrette est spéciale, et pas seulement dans l'imaginaire. Si vous débutez avec une nouvelle partenaire, laissez-la gérer. Même si vous avez objectivement un petit pénis : il y a des femmes extrêmement sensibles. Faites attention aux tressaillements en début de pénétration, aux corps qui se bloquent, à tout ce qui peut laisser deviner de la douleur. Vous forniquerez comme des bourrins quand vous saurez à qui vous avez affaire, ok ?

En attendant, la phase d'apprentissage constitue une super excuse pour taper la position du concombre de mer : allongez-vous sous prétexte d'être un gentleman (ou d'avoir mal au dos), et laissez venir. Vous en apprendrez beaucoup plus sur votre nouvelle partenaire en la laissant prendre la main.

4) Ouvrir le champ des possibles

On classera les positions en deux grands groupes hétérosexuels : femme face à l'homme, femme tournant le dos à l'homme. Seules les positions du deuxième groupe (amazone inversée, cuillers, levrette) permettent une utilisation facile de vibromasseurs pendant l'acte. L'amazone inversée permet de s'occuper des fesses et des testicules de son partenaire pendant qu'on est pénétrée : c'est pour moi la position reine.

5) La question du regard

Les positions où on se sent observée peuvent être perturbantes. En amazone on peut avoir l'impression de jouer dans un film. En levrette aussi. Est-ce excitant ? Parfois. Il peut paradoxalement se révéler plus libérateur de ne pas être regardée. Question de personnalité et de contexte. Question de bandeau à coller sur les yeux du partenaire :)

6) Pensez upgrades

Bien sûr, la frugalité a ses vertus (décroissance, humilité, joie des choses simples, renonciation au consumérisme, présence à soi-même dans le temps et l'espace immédiatement appréciables). Mais il suffit de peu pour faire monter la pression : tenir les poignets, utiliser les sextoys dont je parlais plus haut, mais aussi éteindre la lumière ou utiliser des huiles de massage. La pénétration se combine à toutes les sauces. Si vous vous ennuyez dans votre routine, pensez non seulement hors-pénétration mais aussi pénétration + ... élément visuel, acoustique, olfactif ? Un autre doigt, une texture, un objet, un fantasme, des mots différents ?

7) Interruptions

Ca ne coûte rien de le rappeler dans le contexte actuel, n'est-ce pas ? Votre partenaire peut décider d'arrêter la séance de sexe en plein milieu de la pénétration. Avoir commencé ne signifie pas que vous finissiez, ou pas comme ça, ou pas aujourd'hui. S'endormir compte pour une interruption, ainsi que s'évanouir. Si les parents passent un coup de fil, vous pouvez continuer. Si les parents entrent dans la chambre, c'est une interruption. (Me semble-t-il.)

Du côté des larmes ou de la stupeur, ne prenez pas de risque : demandez. Bien sûr qu'on peut pleurer de plaisir, d'émotion ou de soulagement. Mais vous ne pouvez plus, en 2017, décider de rester dans le flou. Si votre copine pleure, se bloque, prend une couleur arc-en-ciel, posez des questions.

8) Zéro pression sur l'éjaculation, ok ?

Une pénétration satisfaisante dure de trois à treize minutes. N'allez pas vous coller des angoisses insurmontables : même si vous regardez 800 vidéos porno par semaine en version HD extra-longue, il y a des chances que votre partenaire 1) préfère la peinture sur coquillages, 2) ait eu une vie sexuelle avant vous. Du coup, votre copine-amante-épouse-aventure est au courant que les hommes sont rarement des marathoniens du sexe.

Venez comme vous êtes, venez quand vous voulez. Et par pitié, ne vous excusez pas, ok ? Votre pénis est fait pour avoir des éjaculations. C'est comme ça. Zen.

9) Positions contre dispositions

Je propose que nous cessions d'attacher de l'importance aux positions, qui sont une mauvaise manière de diversifier sa vie sexuelle, pour les remplacer par les dispositions. Parlons de disposition mentale, spatiale. Parlons de disposer du corps : le mien, le sien, comment. La position est surface, la disposition creuse en profondeur. Un bon programme, non ?

10) Comment décoloniser notre imaginaire de la pénétration

La norme qui associe pénétration à "sexe de base" existe toujours aujourd'hui. Ce n'est pas que je haïsse la pénétration (hell no) mais plutôt que cette norme bloque énormément d'autres possibilités : elle joue contre nous à long terme. C'est pourquoi il faut investir immédiatement, collectivement, dans du sexe "durable"... donc dans la déconstruction des normes. Voici des exemples de discours à promouvoir si nous voulons tous accéder à des vies sexuelles plus longues et plus diversifiées :

- Cessons de relier virginité et hymen (ça marche la moitié du temps, c'est contre-productif, on se croirait dans la campagne du XIXe siècle, il faut arrêter)

- Bien sûr que Bill Clinton a eu une relation sexuelle avec Monica Lewinsky

- Ne plus jamais dire après une séance torride dénuée de pénétration : "c'est dommage on n'a pas baisé" ou "on n'a pas été au bout"

- Ne plus se demander qui fait la femme, qui fait l'homme

- Tenter dans sa vie privée de supprimer la pénétration au moins une fois toutes les trois séances - ça vous obligera à chercher d'autres moyens d'interagir et d'interjouir :)

- Coucher sans pénétration ne consiste pas à "jouer sur la frustration"

- Pour les femmes, il faut sortir de l'obligation de pénétration réceptive. Non, vous ne "devez" pas à un homme d'écarter les jambes sous prétexte qu'il a connu une journée difficile. Sinon ça devient une pénétration de politesse ou de consolation, or si je peux me permettre, votre mari ou copain n'est pas un enfant de deux ans qui a besoin de son hochet.

- La pénétration n'est pas "hard" - et les pratiques oro-génitales, les masturbations, ne sont pas "soft"

- Les préliminaires ? Un mot à rayer de votre vocabulaire, ne serait-ce que parce qu'il induit un script, une temporalité, un avant qui oblige à un après. C'est exactement avec ce genre de schéma mental qu'on tombe dans la routine, puis la peste, le choléra et la mort subite douloureuse (quoi je dramatise, quoi).

Allez, courage !

Pour aller plus loin :

- Pénétrer n'est vraiment pas le moyen le plus efficace de faire jouir une femme.

- Les positions les plus dangereuses pour votre pénis.

- Coïtus interruptus, on s'arrête quand ?

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