A l'université du sexe : la hook-up culture comme espace d'apprentissage sexuel

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GQMagazine - AA


Alors que le sexe sans lendemain reste une pratique vaguement subversive (ne devrait-on pas mettre trois-quatre sentiments dans cette histoire, ou échanger les prénoms, ou rester amis sur Facebook), alors même que 60 % des Français ont eu une expérience sans lendemain (et 44 % des Françaises), serait-il possible de considérer qu'on peut accumuler les corps comme on accumule des points pour obtenir un diplôme ?

Selon une interview de la sexothérapeute Sari Cooper, c'est aussi à cela que servirait la sexualité frénétique des années d'université aux Etats-Unis : l'apprentissage sexuel, d'accord, mais souvent au détriment du sentiment. 50 % des étudiants arrivent vierges à la fac et ont hâte de profiter de leur indépendance pour connaître toutes les « premières fois »... mais un quart en bénéficiera vraiment (avec une meilleure estime de soi et un sentiment de bien-être). Qui sont-ils ? Plutôt des Blancs, plutôt des hommes, plutôt des hétérosexuels, et plutôt des riches ? en somme les personnes les moins susceptibles d'avoir des problèmes en général. Ce qui pose la question suivante : la culture du sexe sans lendemain se contente-t-elle de favoriser les privilégiés, ou a-t-elle été conçue pour eux ? Instant théorie du complot : cette culture sert-elle renforcer leur position sociale ?

L'important dans la définition du hook-up semble être l'absence de toute implication romantique. Cette condition est apparemment considérée comme souhaitable, ce qui me semble aussi pertinent que manger du fromage sans pain ou regarder un film sans le son. D'ailleurs quand on demande aux étudiants de définir quelle émotion prévaut après un plan sexe rapide, la réponse la plus souvent donnée est : « aucune émotion ». Parce qu'apparemment c'est la réponse souhaitable (du fromage sans pain, vous disais-je ? autant se coucher par terre et mourir).

Cette absence d'émotion est soutenue par l'ingestion d'alcool : le sexe sobre est considéré comme signifiant, ce qui est problématique (l'insignifiant est meilleur ? à ce compte-là je propose une comparaison avec du fromage vegan sans pain). La plupart des étudiants de Sari Cooper n'ont d'ailleurs jamais pratiqué de sexualité sobre. L'introduction des émotions arrivera plus tard ? avec selon la thérapeute, une certaine immaturité lorsqu'il s'agit de gérer l'interaction entre attraction érotique et connexion émotionnelle : tout a été tellement compartimenté qu'il faut réapprendre sur le tard la tendresse, le câlin, des choses simples comme se tenir la main.

D'un point de vue français, ce « cadrage émotionnel » des premières expériences sexuelles est assez surprenant... mais il a le mérite de rendre possible une sexualité débarrassée de toute implication autre qu'elle-même. Et même si j'ai clairement affiché qu'interdire les sentiments soit absurde, les rendre obligatoires est tout aussi absurde. Manger du fromage sans pain pendant quelques années n'est finalement pas plus ridicule que se forcer à trouver une baguette à quatre heures du matin lors d'une nuit de fringale ? pour finir à étaler du kiri sur une brioche industrielle.

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