Une relation est-elle morte quand on commence à s'ennuyer ?

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C'est un discours tellement omniprésent qu'on peut passer à côté : comme le note le NY-magazine, la presse et la pop-culture n'ont de cesse de nous mettre en garde contre les tragiques (forcément tragiques) conséquences d'une relation où on s'ennuie ? au mieux ça donne un couple endormi, à moyen terme ça justifie une infidélité, au pire nous aboutissons au divorce. Ce qui est complètement immature, sauf à être un enfant de quatre ans incapable de gérer la frustration. Nos partenaires sont-ils censés nous divertir constamment comme des geishas ? (Tout en se chargeant des factures et en travaillant huit heures par jour ?)

Ce que cette obsession sous-entend, c'est que l'ennui est une force venue de l'extérieur ? ici nos amoureux, petites amies, amants, épouses, seraient autant de coupables. Sauf qu'il est injuste d'accuser quelqu'un d'un état émotionnel, qui relève, quand même, au moins partiellement, de notre responsabilité individuelle. Avec la meilleure volonté du monde, personne ne peut entrer dans notre cerveau et y allumer des feux d'artifices (sachant qu'avec de la mauvaise volonté, en l'occurrence, aucun feu d'artifice ne suffira jamais ? on peut s'ennuyer devant un film d'action en 3D, ou s'intéresser dans une file d'attente silencieuse de quatre heures).

Si nous formons 50 % du couple ennuyé, alors 50 % des décisions surprenantes et amusantes ne sont pas prises par nous. Le divertissement est une dynamique que nous n'enclenchons pas. Plutôt que de parler d'ennui, peut-être faudrait-il parler de partage des tâches divertissantes ? Car ce qui est embêtant, finalement, c'est toujours le déséquilibre : quand une seule personne se charge de toutes les surprises, de toutes les initiatives. Etre une locomotive qui traîne un boulet, d'accord, c'est insupportable. Mais être deux petits wagons, occasionnellement flemmards, pourquoi pas ?

Par ailleurs et comme vous l'avez lu dans mille articles sur la parentalité, l'ennui est une chose utile, qui bénéficie aux enfants, aux adultes, à la créativité, à la résolution de problèmes compliqués, mangez-en tous. Justement parce que ne rien faire est un loisir en voie de disparition, il faudrait chérir le vide, entretenir ses moments de torpeur (stratégie personnelle : mode « do not disturb » h24 + pas de musique + pas d'Internet sur mon téléphone, mais bon, je suis notoirement une nonne contemplative).

Si on ne s'ennuyait pas dans le couple, jamais nous n'irions voir telle expo, jamais nous n'inviterions nos amis à dîner, jamais nous ne planifierions un week-end à Riga. Si on ne s'ennuyait jamais, paradoxalement, on s'ennuierait :)

Et puis pourquoi parler d'ennui quand on pourrait dire « espace » ou « temps libre » ? C'est tout de même génial d'avoir le champ des possibles qui s'étend, devant soi, à l'infini ? et plutôt que se plaindre d'un couple assoupi, réaliser que cet assoupissement-là permet d'autres réveils. Si on s'ennuie avec son mec, on peut se mettre au tricot ou apprendre l'italien.  

Au bout du compte, une économie de marché a intérêt à faire de l'ennui une chose mauvaise, parce que l'ennui est gratuit. Alors que la plupart des solutions proposées sont payantes (clubs, sextoys, tenues émoustillantes, dîner romantique, faites vos jeux). Du coup, plutôt que nous laisser intimider par une diabolisation des moments de suspension, embrassons-les. Un beau plat de nouilles carbonara devant la télévision, ça met tout le monde d'accord. Pour le missionnaire, on verra demain.

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