Le jour où... Gene Krell, le rédacteur en chef de « Vogue Japon », a rhabillé Johnny Hallyday

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J'ai rencontré Johnny Hallyday pour la première fois au début des années 1970. Tout s'est passé très vite : je possédais une boutique de mode à Londres, sur Kings Road, appelée Granny Takes a Trip, qui fournissait principalement des musiciens et des rock stars tels que Jimi Hendrix, les Rolling Stones, Rod Stewart, les Who, Led Zeppelin ou les Beatles, à leurs débuts. Tous avaient pris l'habitude de passer par là ? nous avions développé ce que l'on pourrait qualifier de relation proche. Il n'était donc pas très étonnant, que, compte tenu de sa popularité, Johnny Hallyday passe un jour la porte de ma boutique, un samedi après-midi. J'étais un gosse de Brooklyn un peu rustre, ce qui avait l'air de lui plaire et de le mettre à l'aise, quelle qu'en soit la raison. En y repensant, c'est peut-être qu'il en était un, lui aussi. Nous nous sommes embarqués dans une conversation sur la musique et la mode : ça allait de soi, tout semblait naturel, sans tension ni prétention d'aucune sorte. Il m'a demandé si je pouvais confectionner des tenues de scène pour lui et un des membres de son équipe. Les croquis que je lui ai montrés lui ont plu et il a tout de suite passé commande. Je lui ai expliqué qu'ils lui seraient prêts dans quatre à six semaines et il a proposé, plutôt que d'expédier les vêtements, de me faire venir à Paris pour que je les lui livre directement. Il a précisé qu'il avait toute la place pour me loger dans l'appartement qu'il occupait avec Sylvie Vartan, dont je ne mesurais pas la renommée. Je m'en rendrai compte plus tard, en voyant que ses concerts se faisaient à guichets fermés. Je n'avais pas à me plaindre, c'est de cette étoffe que sont faits les rêves.

Quand je suis arrivé, une voiture m'attendait pour me conduire avenue du Président Wilson. À peine mes valises défaites, il m'a emmené au studio où il devait travailler avec un dénommé Michel. Il chantait de la country, et Johnny expliquait de façon remarquable ce qu'il voulait obtenir en matière de mélodie et d'arrangements. La voix, tout simplement, et par-dessus tout le sentiment que la musique lui était essentielle. Il était très exigeant, mais c'était pour la bonne cause.

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J'étais flatté qu'il me demande mon avis et je lui ai juste répondu que j'aimais la sensibilité derrière la musique ? il se trouve que je suis un grand fan de country. De retour à l'appartement, il m'a proposé de se joindre à Sylvie et lui pour dîner dans une boîte où ils avaient prévu de passer la soirée. Ce qui m'impressionnait le plus chez Johnny, c'était sa générosité : il parlait avec tout le monde. Il prêtait sa voix au peuple dont il était issu. En passant près d'un homme qui avait manifestement connu des jours meilleurs, il a lui a fourré une poignée de billets dans la main, sans rien demander, même pas un « merci » en retour. Ce soir-là, nous avons rivalisé d'histoires sur le rock ? on en avait chacun un paquet. Il avait l'air très intéressé par mon expérience à la boutique, et j'étais plus que ravi d'en parler avec lui. Je me souviens surtout que nous avons beaucoup ri. Nous ne sommes pas partis très tard.

Je suis reparti pour Londres peu après mais cette amitié a perduré, avant que la vie et ses aléas ne nous séparent. Je l'ai revu quelques années plus tard à New York, dans une boutique que je gérais alors. J'étais dans une passe difficile et j'avais beaucoup changé physiquement, mais il m'a reconnu immédiatement et nous avons évoqué le passé avec nostalgie. Il est vrai, et peut-être injuste, que Johnny soit devenu le symbole des moments magiques de notre vie. Quant à sa mort, disons qu'on ne se fera certainement jamais à ce sentiment de voir des pages d'un livre arrachées? Pourtant, quand je pense qu'il fait désormais partie d'une mosaïque qui a façonné une culture et tant de vies, ma tristesse se transforme en joie profonde. Nous avons de la chance. Repose en paix, cher camarade, et pose ton fardeau. Sache que ton temps ici-bas a été bien employé.


Gene Krell

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