Polémique sur Pétain : communication chaotique et rétropédalage

Portrait du Mar eacute;chal Philippe P eacute;tain datant de 1914, issu des collections du mus eacute;e  quot;Historial de Peronne quot; consacr eacute;  agrave; la Premi egrave;re guerre mondiale (Historial de P eacute;ronne/AFP/Archives - STR)
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Hommage aux "huit maréchaux", puis à tous les "chefs militaires" de la Première Guerre mondiale, excluant au final le maréchal Pétain : la polémique autour de la cérémonie des armées programmée pour le Centenaire de l'Armistice a débouché sur une communication chaotique, ponctuée par un rétropédalage de l'exécutif français.

Voici les principaux tournants du malaise suscité par cette cérémonie, qui a plongé le président Emmanuel Macron dans la tourmente concernant la mémoire autour du maréchal Pétain.

HOMMMAGE AUX "HUIT MARÉCHAUX" EN PRÉSENCE DU PRÉSIDENT

Le 18 septembre, la Mission du Centenaire 14-18 évoque dans un dossier de presse une "cérémonie d'hommage aux maréchaux de la Grande Guerre à l'Hôtel national des Invalides" le dimanche 11 novembre à 09H00.

"Cette cérémonie, organisée par l'état-major des armées et le gouverneur militaire de Paris, se tiendra en présence du Président de la République", annonce le "programme national commémoratif 2018" diffusé dans le dossier de presse.

"Il s'agira de rendre hommage aux huit maréchaux qui ont dirigé les combats pendant la Première Guerre mondiale, ?uvré pour la victoire finale tout au long de la guerre, et dont cinq sont inhumés aux Invalides", est-il ajouté.

La mention de cette cérémonie a figuré sur le site internet de la Mission du Centenaire comme sur celui de l'Éducation nationale, avant d'en être retirée, a constaté l'AFP qui dispose également d'une version papier.

CÉRÉMONIE MAINTENUE, MAIS SANS LE PRÉSIDENT

Le 18 octobre, l'Élysée annonce que le président n'assistera pas à cette cérémonie, tout en concédant l'importance pour les militaires de célébrer des "victoires" et des "chefs parfaitement dignes".

"Il n'y a pas un président de la République de la Vème République qui n'a pas su éviter, contourner les problèmes posés par cette mémoire particulière et ce sera encore le cas à cette occasion", constate alors le conseiller mémoire de la présidence française, Bruno Roger-Petit, dans un briefing prémonitoire.

CÉRÉMONIE AUX "CHEFS MILITAIRES"

Le 6 novembre, l'état-major des armées précise à l'AFP que la cérémonie, devenue un hommage aux "chefs militaires" de 1914-18, aura lieu le samedi 10 novembre à 18H30, en présence du chef d'état-major particulier du président, l'amiral Bernard Rogel.

"C'est une cérémonie en hommage aux chefs militaires, du caporal au général", déclare le porte-parole du chef d'état-major des armées, le colonel Patrik Steiger, sans citer Philippe Pétain.

Cinq des huit maréchaux seront "nommément honorés" par un dépôt de gerbe, ceux qui ont leur tombeau aux Invalides, ajoute-t-il. Pétain, frappé d'indignité nationale pour son rôle dans le régime de Vichy (1940-1944), est inhumé à l'île d'Yeu.

Le même jour, des parlementaires reçoivent une invitation par courrier électronique. "Le Général d'armée François Lecointre, Chef d'État-major des Armées vous convie à la Cérémonie en mémoire des chefs militaires de la grande Guerre, qui se tiendra le samedi 10 novembre 2018 à 18 h 30 sous le dôme des Invalides", peut-lire sur cette invitation consultée par l'AFP.

PÉTAIN, "GRAND SOLDAT"

Mercredi, Emmanuel Macron déclenche une tempête en jugeant "légitime" de rendre "hommage (samedi) aux maréchaux qui ont conduit l'armée à la victoire", y compris Pétain, estimant qu'il a été "pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat" avant de conduire "des choix funestes" pendant la Deuxième Guerre en collaborant avec le régime nazi.

Dans la soirée, l'exécutif tente de tuer dans l'?uf la polémique en annonçant que "le chef d'état-major fleurira la tombe des cinq maréchaux qui sont aux Invalides où il n'y a pas Pétain" et que "l'État français ne célèbrera donc pas Pétain".

HOMMAGE À CINQ MARÉCHAUX

Dans la soirée l'état-major des armées publie un communiqué sur le "déroulement de la cérémonie du 10 novembre", sans plus mentionner l'hommage à tous "les chefs militaires".

"Comme tous les ans, le 10 novembre, le Président de la République, chef des armées, fera fleurir la tombe du maréchal Foch, sous le dôme des Invalides", note-t-il.

"Au cours de cette cérémonie militaire, le chef d'état-major des armées rendra également hommage aux quatre autres maréchaux enterrés aux Invalides (Lyautey, Maunoury, Fayolle et Franchet d'Espèrey)", ajoute le communiqué.

Exit donc Pétain mais aussi Joffre et Gallieni.

TOUS LES MARÉCHAUX SAUF PÉTAIN

Jeudi, Emmanuel Macron qualifie de "fausse polémique" les réactions à ses propos de la veille sur le maréchal Pétain, pour lequel "il n'a jamais été question d'avoir une célébration individuelle".

"Aucun hommage ne sera rendu à Pétain samedi. Il n'en a jamais été question. Nous avions annoncé que nous honorerions les maréchaux de la Grande Guerre. Certains en ont déduit que Pétain en faisait partie ; ce n'est pas le cas", affirme de son côté le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux mercredi soir sur sa page Facebook.

"Les maréchaux dont l'honneur n'a pas été entaché, ceux-là, et ceux-là seuls, recevront l'hommage de la République : Foch, Joffre, Lyautey, Franchet d'Espèrey, Fayolle, Maunoury" poursuit M. Griveaux ainsi que Gallieni qu'il n'a pas cité.

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