Cancer du sein : des femmes algériennes abandonnées par leur mari après une mastectomie

 (Terrafemina)
Terrafemina - AA
En Algérie, de nombreuses femmes atteintes d'un cancer du sein sont délaissées par leur mari après avoir subi une masectomie. Pour certaines d'entre elles, cet abandon est encore plus difficle à vivre que le cancer.

Dans le monde, le cancer du sein continue de faire de plus en plus de victimes. En Algérie, il représente le cancer le plus fréquent avec 9 000 cas à 10 000 par an, dont 3 500 décès rappelle à l'AFP Farid Cherbal, professeur de génétique du cancer à l'université d'Alger. Mais les Algériennes qui survivent à un cancer du sein doivent affronter un traumatisme "pire que la maladie" du point de vue de certaines : l'abandon de leur mari. C'est par exemple le cas de Zorah, 53 ans. Cette mère au foyer a été chassée de son domicile et laissée sans ressources par son mari, après 25 ans d'union. "Il a été odieux", a confié la femme à l'AFP. Atteinte d'un cancer du sein, elle avait subi une mastectomie en 2015.

Zohrah est loin d'être la seule Algérienne dans cette situation. Dans ce pays du Magreb, l'ablation d'un sein est synonyme de honte. L'omerta autour du cancer du sein est telle que beaucoup de femmes se cachent pour ne pas dévoiler leur maladie à leurs proches : l'une d'entre elles s'est par exemple recouvert la poitrine avec un foulard islamique avant d'entamer sa chimiothérapie pour dissimuler son cancer aux yeux de sa belle-famille. Une autre a préféré mourir en conservant sa poitrine intacte plutôt que de subir une mastectomie.

"Des centaines d'Algériennes sont abandonnées par leur mari après un cancer du sein. Certaines sombrent dans la dépression", déplore Samia Gasmi, présidente de l'association Nour doha (Lumière du jour) d'aide aux cancéreux des deux sexes. "Ce sentiment de honte vient de la souffrance d'être amputée d'une partie du corps qui symbolise la féminité, ainsi que du fait de ne plus être en conformité avec l'image de la femme", a expliqué Yamina Rahou, sociologue au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) d'Oran.

"Je veux une femme entière, pas un trois-quarts de femme"

Paradoxalement, cette impression de perdre une partie de sa féminité semble davantage être ressentie par les époux que par les patientes elles-mêmes. Quand Hayat a annoncé sa maladie et son ablation du sein à son mari, ce dernier lui a répondu : "Je veux une femme entière, pas un trois-quarts de femme". Saïda, 55 ans, a vécu une expérience similaire. Son ex-époux n'a même pas attendu qu'elle soit sortie de l'hôpital pour lui enlever la garde de son enfant et dévaliser son compte en banque. Quinze ans après, cette médecin - qui a récupéré son enfant- confie ne s'être toujours pas remise de ce violent abandon conjugal. "On s'était connus à la fac, nous avions fait un mariage d'amour : il participait même aux manifs pour les droits des femmes, mais n'a pas hésité une seconde à me jeter comme de la merde !", confie-t-elle.


En Algérie, la reconstruction mammaire après un cancer du sein s'avère difficile : les établissements publics de santé la proposent gratuitement mais il est rare d'y accéder, tant les services sont saturés. L'opération est également pratiquée dans les instituts privés mais s'adresse à une partie restreinte de la population, en raison de son caractère très onéreux. Comme dans le reste du monde, le nombre de cancers du sein diagnostiqués par an en Algérie augmente 5 fois plus qu'il y a 20 ans. Cette progression s'explique notamment par l'accès à de meilleurs moyens de dépistage, et par une augmentation de l'espérance de vie.



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