La perpétuité requise contre le tueur d'Istres

Karl Rose au premier jour de son proc egrave;s au tribunal d #39;Aix-en-Provence, le 5 janvier 2017 (AFP/Archives - BERTRAND LANGLOIS)
AFP - AA

La réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté incompressible de 22 ans, a été requise mercredi à l'encontre de Karl Rose, jugé depuis une semaine par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour avoir tué en 2013 trois personnes avec une kalachnikov.

L'avocat général Olivier Couvignou a demandé aux jurés de prendre en compte "l'altération du discernement" de l'accusé, mais de la placer "dans son juste périmètre" et de "conserver" la peine maximale prévue par la loi.

"Pour acquise qu'elle serait, cette altération, j'ai du mal à lui accorder l'importance qu'on voudra lui donner", a expliqué l'avocat général. "Une peine inférieure, même de 30 ans, serait une roulette russe infligée à la société", au vu de la "dangerosité maximale" de l'accusé, a-t-il poursuivi.

Le 25 avril 2013, après une dispute avec son père, Karl Rose, âgé alors de 19 ans, a tué Serge Shorjian, Patrice Martinez et Pierre Tanneux et blessé Louisa Aissa-Olivieri, visés au hasard dans les rues d'Istres (Bouches-du-Rhône) avec une kalachnikov achetée sur internet et remise en état de fonctionnement.

Après une équipée meurtrière d'un quart d'heure, il s'était livré à une patrouille de police, à laquelle il avait déclaré: "C'est moi, j'ai pété un câble."

"Quand il parle des faits, il les décrit comme un jeu de +shooting+", avait expliqué mardi l'expert psychiatre Frédéric Meunier, parlant de "capacités de perception et d'interprétation de la réalité" déficientes chez l'accusé.

Il avait écarté tout "abolition du discernement", mais avait parlé d'une "atteinte de la perception". "Pour autant, il n'y a pas d'atteinte intellectuelle. Il était capable de savoir que ce qu'il faisait était violent et il pouvait se déterminer", avait-il précisé.

"Regardez-le, le déséquilibré autoproclamé qui jamais ne perd l'équilibre sur le fil homicide", ironise l'avocat général, face à l'accusé, immobile, voûté, tête baissée, regardant ses genoux au travers de ses épaisses lunettes noires tout au long du réquisitoire.

- "Préméditation sans visage" -

Olivier Couvignou insiste encore sur "la préméditation sans visage", avec des victimes "choisies arbitrairement", "des gens paisibles cueillis à froid (...), éparpillés en un quart d'heure par la folie meurtrière d'un homme qui n'est pas fou".

"Le mot préméditation est faible. Ce n'est pas une préméditation, c'est une planification sur le plan technique, sur le plan financier, sur le plan opérationnel", dit-il encore. Il souligne la minutie avec laquelle l'accusé avait acheté l'arme neutralisée et les pièces détachées, et l'avait remise en état, un processus mûri deux ans durant. "La boîte à outils de l'auto-entrepreneur de la tuerie de masse", lance l'avocat général.

"Il assume avec prudence, il exulte avec insolence", poursuit-il. Karl Rose a oscillé, durant le procès, entre les larmes lorsqu'il s'excuse auprès des familles des victimes et la froideur, voire l'arrogance, quand il raconte les faits et met en avant ses capacités de tireur ou ses compétences en matière d'armes.

En défense, Me André Floiras est longuement revenu sur l'enfance chaotique de l'accusé: entre "un père abandonnique qui télécharge des images pédopornographiques" et une "mère étouffante", "se construire, c'est compliqué", souligne-t-il, demandant aux jurés de prendre cet aspect en compte.

Décrivant une mère qui le harcèle, lui et son cabinet, Me Floiras affirme: "Quand il vous dit ce qu'il vous dit de sa mère, ce n'est peut-être pas complètement faux."

Au début du procès, l'accusé, qui passait avant le drame 23 heures sur 24 seul dans sa chambre, surfant sur internet, avait mis en avant sa "haine des adultes", reprochant à sa mère des "séquestrations" et à son père des "saloperies".

Le verdict est attendu jeudi après les plaidoiries des deux autres avocats de la défense.

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